Il n’existe aucune archive pour l’attester, seulement une tradition orale patiemment répétée : dans le Paris des années folles, un exilé russe aurait conduit Gabrielle Chanel jusqu’à un cèdre de Meudon, et cet arbre l’aurait accompagnée jusqu’au plus improbable des retours.
Un exilé Romanov dans le Paris des années folles
Après la révolution, une poignée d’enfants Romanov quitte la Russie par l’Iran et se disperse en Europe. Dmitri Romanov (1891-1942), l’aîné de ce petit cercle, choisit Paris. Il y arrive avec une mémoire et peu d’autre chose : celle d’une cour disparue, de ses habitudes, de ses croyances et de ses lieux d’élection.
Le récit veut qu’il ait pris plaisir, une fois installé, à faire découvrir à ses proches les endroits qu’il tenait pour légendaires — non pas les adresses en vue, mais celles qui portaient, à ses yeux, une charge particulière. Parmi elles, sur le plateau de Meudon, le Cèdre Impérial. C’est ainsi, dit-on, que Gabrielle « Coco » Chanel (1883-1971) fut menée pour la première fois au pied de l’arbre.
Une légende qui passe de main en main
Chanel et Dmitri Romanov vécurent une relation ; elle l’invita à s’installer dans sa maison de Garches. De ces quelques années datent deux créations qui allaient marquer le siècle : le parfum N°5 et un bijou. La tradition rattache l’une et l’autre à ce moment précis où la couturière fréquentait l’univers russe en exil.
C’est aussi par ce canal, selon la tradition transmise, que la légende du cèdre serait parvenue jusqu’à elle. Née sous le Second Empire avec l’impératrice Eugénie, elle avait ensuite voyagé jusqu’à la cour impériale russe, où l’on tenait l’arbre pour bienfaisant. Les Romanov l’emportèrent avec eux dans l’exil, comme on emporte un objet de famille — et Dmitri la remit à Chanel. Rien de tout cela n’est documenté ; tout cela, pourtant, s’est raconté sans interruption pendant un siècle.
Gabrielle « Coco » Chanel
1883 – 1971 · Couturière
Elle impose dès les années 1910 une silhouette libérée du corset, crée le N°5 en 1921, puis ferme ses ateliers pendant la guerre. À soixante-dix ans, elle rouvre sa maison de couture — un retour que personne n’attendait, et que la tradition orale associe au Cèdre Impérial.
Les échappées de Meudon
On raconte que l’habitude ne la quitta jamais. Dans les années 1960 encore, Coco Chanel montait régulièrement jusqu’au cèdre en compagnie d’Aimée Sotto Mayor de Heeren (1903-2006), ancienne agent de renseignement durant la Seconde Guerre mondiale. Deux femmes que tout distinguait mais qu’unissait un même goût pour le secret, remontant la rue de la République pour s’arrêter au pied du même arbre.
C’est également au cours de cette décennie que la belle grille en fer forgé bordant le n° 15 de la rue fut déposée. Une section importante en subsiste au n° 11, à quelques pas seulement du tronc : le dernier décor d’époque de ces promenades.
Le retour de 1954
En 1953, Chanel a soixante-dix ans et sa maison est fermée depuis plus de dix ans. Elle décide malgré tout de la relancer, et présente sa collection l’année suivante. L’accueil parisien est glacial, la revanche viendra d’Amérique — mais le pari, lui, était tenu.
Le récit transmis veut qu’elle ait puisé l’énergie et l’inspiration de ce retour en deux lieux qu’elle regagnait comme on regagne une source : le Cèdre Impérial sur les hauteurs de Meudon, et la Cremerie de Paris. On ne saura jamais ce qu’elle y cherchait exactement. On sait seulement qu’elle y revenait, et qu’à soixante-dix ans elle a recommencé.
Elle travailla jusqu’au bout, et s’éteignit en 1971. L’arbre, lui, est toujours là.
Années 1920
Dmitri Romanov, réfugié à Paris, fait découvrir le Cèdre Impérial à Coco Chanel parmi les lieux qu’il tient pour légendaires.
1921
Période de la relation avec Dmitri Romanov, qu’elle accueille dans sa maison de Garches : de ces années datent le N°5 et un bijou.
1953 – 1954
À 70 ans, Chanel relance sa maison de couture ; selon la tradition, elle puise son élan auprès du Cèdre Impérial et de la Cremerie de Paris.
Années 1960
Promenades régulières au cèdre avec Aimée Sotto Mayor de Heeren, ancienne agent de renseignement.
Années 1960
La grille en fer forgé du n° 15 est retirée ; une section importante subsiste au n° 11, tout près de l’arbre.
1971
Mort de Coco Chanel.
« Le récit ne dit pas que l’arbre a fait revenir Coco Chanel. Il dit qu’elle y montait, et qu’elle est revenue. »
Association pour le Cèdre — ARCBMCe patrimoine vivant mérite d’être protégé
Rejoignez celles et ceux qui agissent pour la sauvegarde du Cèdre Impérial.
Pour aller plus loin
Des films et documentaires qui éclairent le contexte de ce chapitre. Ils ne portent pas sur l’arbre lui-même.
Gabrielle Chanel — Inside CHANEL
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