Chapitre 7 / 8

Des centaines d’enfants dessinent le Cèdre Impérial

Quand un projet immobilier a menacé l’arbre, la réponse la plus inattendue est venue des enfants : des centaines de dessins pour demander qu’on le protège.

  • 🕐 5 min de lecture
  • 📍 Meudon, Hauts-de-Seine
  • 🗓️ 2021

En février 2021, un projet immobilier menace le Cèdre Impérial de Meudon. La mobilisation qui s’organise alors prend plusieurs formes — pétition, courriers, association — mais l’une d’elles a marqué davantage que les autres : des centaines d’enfants se sont mis à dessiner l’arbre pour demander sa protection.

Une réponse venue des enfants

Le principe était d’une simplicité désarmante. À l’annonce du projet, on a parlé du cèdre autour de soi, dans les familles et dans les classes ; des enfants ont pris des crayons et se sont mis à représenter l’arbre tel qu’ils l’imaginaient ou tel qu’ils le voyaient depuis la rue. Plus de cent dessins ont été rassemblés, puis exposés.

Aucun de ces dessins ne prétend à la précision botanique. Les silhouettes sont approximatives, les proportions libres, les couleurs souvent plus vives que la réalité. C’est précisément ce qui les rend intéressants : ils ne cherchent pas à décrire l’arbre, ils cherchent à le défendre.

Ensemble de dessins d’enfants représentant le Cèdre Impérial de Meudon, rassemblés côte à côte
Les dessins rassemblés au fil de la mobilisation de 2021 : plus de cent planches, réalisées par des enfants de tous âges.

Un cèdre dont les racines écrivent SOS

Quelques images se sont détachées de l’ensemble et ont circulé bien plus loin que les autres. La plus frappante montre le cèdre dont les racines, en s’enfonçant dans le sol, forment les trois lettres SOS — accompagnées d’un appel adressé directement au maire de Meudon. Rien n’avait été demandé en ce sens : l’enfant a trouvé seul la formule que des mois de courriers administratifs n’auraient pas mieux résumée.

Dessin d’enfant montrant le Cèdre Impérial dont les racines dessinent les lettres SOS, avec un appel au maire de Meudon
Le dessin le plus repris de la mobilisation : les racines du cèdre forment les lettres SOS, sous un appel adressé au maire de Meudon.

Une autre planche associe le cèdre à une girafe, comme si l’arbre appartenait déjà à un bestiaire — celui des choses trop grandes et trop rares pour qu’on les fasse disparaître.

Dessin d’enfant représentant le Cèdre Impérial accompagné d’une girafe aux couleurs vives
Un cèdre et une girafe : l’arbre rangé, spontanément, parmi les créatures qu’on protège.

Des dessins qui ont dépassé Meudon

Très vite, les dessins ont cessé d’être une affaire locale. Des enfants de plusieurs pays y ont participé, en envoyant leurs planches pour un arbre qu’ils n’avaient jamais vu. À Paris, la Cremerie de Paris en a présenté une exposition, donnant à ces feuilles de papier un lieu et une visibilité que la mobilisation n’aurait pas obtenus autrement. Accrochés côte à côte, les dessins produisaient un effet qu’aucun d’eux n’avait seul : celui du nombre.

Autres dessins d’enfants consacrés au Cèdre Impérial, aux techniques et aux styles très différents
D’autres planches de la collection : chaque enfant représente l’arbre à sa manière, du crayon de couleur au feutre.

Publications de la mobilisation et dessins d’enfants

Les dessins ont aussi circulé sur Instagram, où ils ont touché des gens qui ne seraient jamais passés devant l’arbre. Les publications ci-dessous proviennent directement d’Instagram.

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Un témoignage désintéressé, et une archive

Ce qui donne du poids à ces dessins n’est pas leur qualité graphique : c’est ce qu’ils démontrent. Un enfant qui dessine un arbre n’a aucun intérêt à défendre, aucune propriété à protéger, aucun mandat à faire valoir. Il n’attend rien du résultat. Son dessin est un témoignage désintéressé, et c’est ce désintéressement qui le rend difficile à écarter.

Ces feuilles constituent aussi une archive. Elles datent précisément la mobilisation, elles attestent de son ampleur, et elles conservent la trace de ce que l’arbre représentait pour des habitants d’âges et de pays différents. C’est le genre de matériau qui nourrira un futur dossier de reconnaissance patrimoniale : la valeur d’un arbre remarquable ne se mesure pas seulement à son tronc, mais à ce qu’il compte pour les gens.

  1. Février 2021

    Un projet immobilier menace le Cèdre Impérial ; l’abattage devient une possibilité concrète.

  2. 2021

    La mobilisation s’organise et des centaines d’enfants dessinent l’arbre pour demander sa protection.

  3. 2021

    Plus de cent dessins sont rassemblés et exposés, notamment à la Cremerie de Paris.

  4. 2021

    L’arbre est préservé : il n’a pas été abattu.

« Un dessin d’enfant ne défend aucun intérêt. C’est précisément pour cela qu’il fait preuve. »

Association pour le Cèdre — ARCBM

Ce que ces dessins demandaient, et ce qui menace l’arbre aujourd’hui

Il faut lire ces dessins pour ce qu’ils étaient : une demande de ne pas abattre. En 2021, le danger avait une forme simple et visible, celle d’une tronçonneuse et d’un permis de construire. Cette bataille-là, l’arbre l’a gagnée.

La menace d’aujourd’hui n’a plus rien de spectaculaire. Le sol imperméabilisé autour du cèdre l’empêche de boire : l’eau de pluie ruisselle sur le béton au lieu de descendre jusqu’aux racines. Rien à photographier, rien à dessiner — et c’est bien ce qui rend l’assèchement plus dangereux que l’abattage.

Les dessins continuent, sur Instagram

Les dessins de 2021 étaient sur papier. Ce qui leur succède est photographique : des visiteurs qui viennent voir l’arbre et en partagent l’image. Le hashtag ci-dessous les rassemble.

#cedreimperialmeudon Publiez votre photographie avec ce hashtag et elle rejoint la chronique.

La menace a changé de nature

Ces dessins demandaient qu’on n’abatte pas l’arbre. Aujourd’hui, c’est le sol imperméabilisé qui l’assèche.

🌱 Aidons l’arbre